Voir plus loin

juin 7th, 2012

Prendre la peine toute simple de séparer ce qui est compostable pour le laisser se transformer lentement en engrais pour fertiliser les nouveaux produits de la Terre. Trier le plastique recyclable, le fer des boîtes de conserve, le carton des emballages et de transport pour le placer au grand bac, où les anciens éboueurs devenus recycleurs viendront les prendre pour les transporter au centre de tri, d’où ils seront réutilisés, diminuant d’autant la quantité de matériaux nouveaux pour épargner les ressources de la nature.

            Ou tout jeter à la poubelle à mesure, selon les vieilles habitudes, ne donner qu’à ceux dont on reçoit des contributions, gaspiller l’enthousiasme de la jeunesse et lui refusant le droit à la parole, confondre le pacifiste avec le casseur.

            Protéger les marais, où l’air se purifie; les boisés où pousse la diversité garante d’un meilleur écosystème, et les rivières et les lacs aux eaux fécondes. Maintenir des services de proximité pour conserver leur vitalité aux quartiers, aux villages, aux centres-villes. Se nourrir d’abord de ce qui est produit, se prépare et se vend dans son voisinage. Planifier ses déplacements pour consommer moins d’essence. Y réfléchir à deux fois avant d’acheter ce que peut-être on n’utilisera presque pas ou pas longtemps, par exemple, ces jouets aux piles vite déchargées. Plutôt que de le jeter, porter chez un réparateur un appareil à peine défectueux pour ne pas céder aux pressions des marchands qui encouragent à la consommation irréfléchie. Économiser les ressources.

            Ou presque donner son minerai, son gaz, son pétrole, à des compagnies étrangères, qui laisseront de grands trous dans le paysage et mettront à pied leurs employés en partant avec la caisse de retraite, après avoir déclaré faillite pour ne pas être poursuivies.

            À l’automne, enfouir les bulbes des tulipes qui annonceront l’été, retourner la terre des grands champs pour y mélanger les tiges séchées, engranger le grain, le foin, les légumes drus et confiturer les fruits doux. Mettre à l’abri ce que l’hiver pourrait détruire. Donner naissance à des enfants pour les aimer, lancer des entreprises de service pour améliorer le sort des autres, participer à des associations d’entraide, les soutenir, pour s’occuper collectivement des problèmes sociaux. Adopter des mesures pouvant assurer le mieux-être des moins bien nantis. Prendre exemple sur les pays progressistes, qui offrent une éducation gratuite à tous pour mieux s’enrichir des compétences acquises par la jeunesse. Assurer la paix sociale.

            Ou ne voir à courte vue que son orgueil, ne penser à tout qu’en terme d’argent, marchander l’éducation et, pire, refuser de voir qu’exercer le pouvoir c’est précisément reconnaître sa responsabilité quand la rue est à feu et à sang.

            Pour que le Québec fleurisse, il faut voir à long terme. Nous ne sommes pas en Syrie. Charest n’a pas à se comporter en dictateur qui fonde son pouvoir sur la peur du désordre que crée son désastreux mépris.

Gleason Théberge

Commentaire paru dans « L’Écho du Nord » en mai 2012

Endettés (novembre 2012)

avril 30th, 2012

On ne se surprendra pas de me voir approuver les manifestations des étudiants du cégep contre la hausse des frais de scolarité. Pendant les plus de trente ans où j’ai enseigné dans l’institution jérômienne, j’ai vu le nombre des étudiants passer de quelques centaines à plus de trois mille. J’ai aussi vu leurs frais scolaires augmenter faiblement mais régulièrement à mesure que les gouvernements péquistes ou libéraux diminuaient leurs contributions aux institutions d’enseignement post-secondaire. Mais cette lente progression n’a heureusement pas freiné l’augmentation du nombre des étudiants.
Les commissions scolaires ont déjà subi cette diminution des contributions gouvernementales, et c’est à même le compte de taxes que les écoles ont dû compenser le manque à gagner. Vous connaissez d’ailleurs, comme moi, la fréquence des campagnes de cueillette de fonds pour les aires de jeux, la bibliothèque, l’achat d’équipement…
Cette fois, et pour les cinq prochaines années, les cégépiens vont se charger le sac à dos d’un endettement accru. Le gouvernement souligne que le remboursement sera facilité par les salaires que les diplômés recevront… mais ce ne sera vrai que s’ils réussissent à jumeler étude et travail. Or à vivre toujours un pied dans la pauvreté, il arrive souvent que l’étudiant abandonne ses études pour ne plus que travailler, même à petit salaire.
L’idée n’est évidemment pas d’obliger tout le monde à s’inscrire au cégep, mais pour y obtenir un diplôme général ou professionnel, à raison de 325 $ de plus chaque année pendant cinq années consécutives, l’accès aux études collégiales ne sera désormais possible qu’à celles et ceux qui pourront débourser près de quatre mille dollars par année. Et c’est sans compter le coût des manuels et les autres frais, d’inscription, de modification d’horaire, de laboratoire, de photocopies… Ni compter ce que coûtera un parcours universitaire à qui voudra y continuer un apprentissage plus perfectionné.
Bien sûr, les voix officielles claironnent que le système des (grands) prêts et des (faibles) bourses atténueront l’impact des hausses; et le gouvernement répète que les frais de scolarité, même augmentés, continueront d’être moins élevés au Québec qu’en Ontario. Mais même si c’est moins cher, c’est encore trop cher. Quand il a fait moins quatre un jour et que le lendemain il ne fait que zéro degré dehors, c’est moins froid, mais ce n’est pas parce que c’est moins froid que c’est chaud.
Or il existe des pays, européens surtout, où la gratuité scolaire est la norme. Ce sont aussi les pays, scandinaves entre autres, où l’éducation offerte à tous fait disparaître largement l’ignorance qui appauvrit. Les impôts y sont élevés, peut-être, mais les services sociaux sont efficaces : les garderies abondent, les hôpitaux sont bien nantis et la criminalité y est plus rare que chez nous.
Là-bas, étudier c’est encore s’enrichir. Chez nous, désormais, étudier signifiera plus que jamais s’endetter.
Gleason Théberge

La colère (24 avril 2012)

avril 26th, 2012

Chez nous, deux sociétés se côtoient : celle du cœur et de l’entraide nécessaire à la survie, et celle des lois qui peuvent générer la justice, mais encouragent parfois l’égoïsme aveugle aux problèmes des autres. Jadis, nos villages vivaient déjà ce dilemme : on construisait maison à ceux qu’un incendie avait jeté à la rue, mais on y fermait les yeux sur l’inceste et méprisait l’homosexuel ou la fille-mère.
Avec la cassure de la Révolution tranquille et l’augmentation de la population des villes, lentement les mentalités ont changé, mais le balancier en arrive à de nouveaux extrêmes. Qu’il s’agisse de gestionnaires acceptant des millions sans honte ou d’individus poursuivant des institutions au moindre prétexte, le recours à la seule légalité menace la justice sociale et ignore souvent la stricte logique des faits.
L’ex-ministre Normandeau autorisait des projets que les analyses de son ministère désapprouvaient. Elle en avait le droit, paraît-il. Certaines garderies ont été ouvertes par madame Courchesne sous la même douteuse autorité ministérielle. À l’exemple de la majorité parlementaire du gouvernement, l’autonomie des grandes institutions accorde aux dirigeants et aux recteurs d’université des salaires exorbitants pendant qu’on matraque les étudiants de hausses (toujours légales) pour les endetter davantage. Jean Charest évoque son plan Nord pour créer, à la blague, une nouvelle Sibérie pour les protestataires. C’est de l’humour légal, mais franchement immoral.
Le conflit sur l’accessibilité aux études ne cesse d’ailleurs d’être l’objet d’injustice du même genre de la part des tribunaux censés protéger les droits de la collectivité. Les associations étudiantes votent démocratiquement une grève pour demander une négociation sur les droits de scolarité. Peu importe, les tribunaux font fi de la volonté populaire et autorisent quelques angoissés à mépriser une lutte déjà très inégale.
Et le gouvernement Charest, content de voir que les juges prennent la relève, ignore les manifestations et pousse les étudiants à l’impatience. Au risque de voir le conflit s’envenimer (parce que la colère peut conduire à des faux pas), et protégé par le tribunal, le recours (légal) à la brutalité policière lors des premières manifestations pacifiques et l’entêtement (légal) de Line Beauchamp encouragent la montée des tensions au sein des communautés collégiales et universitaires, déchirées par des injonctions individuelles.
Comment s’étonner dès lors de l’émergence d’une juste colère, justifiée par le mépris du gouvernement? La légalité n’est pas la seule norme sociale. La justice n’est pas qu’une affaire de loi. C’est avec le cœur que le gouvernement devrait répondre aux espoirs de la jeunesse et chercher vraiment un compromis négocié avec tous les étudiants. La société québécoise mérite le respect du droit d’association. À Saint-Jérôme, l’École Cap-Jeunesse aussi devrait l’accepter.
Gleason Théberge

Les rois, une chronique parue en février 2012

avril 19th, 2012

Sitôt la Saint-Valentin passée, les marchands vont commencer à nous préparer à la fête de Pâques. Mais c’est plutôt à la fête des rois que nous renvoient certaines compagnies qui, loin de l’amour, appliquent plutôt la loi de la survie animale. Chez les êtres humains, cette règle du plus fort, c’est l’argent qui la fait triompher : leur goût du profit possible justifie leurs gestes féroces et le mépris des victimes. Des exploiteurs, étrangers souvent, nourris de subventions généreuses, ferment leurs installations et congédient leurs employés en emportant leurs fonds de retraite. Mais pareille recherche du profit à tout prix n’est pas exclusive aux compagnies qui viendront bientôt se remplir les poches avec le plan Nord.
Chez nous même, chez Hydro Québec, un imbécile s’estimait heureux l’an dernier que de nombreux foyers de familles en difficulté aient été privés d’électricité. C’était une maladresse, a-t-on dit, mais qui a révélé la priorité accordée par l’institution à la performance et son mépris du bien-être des citoyens. Personne n’a d’ailleurs le droit, pas même le Vérificateur général, de jeter un œil sur les affaires qu’elle gère en vase clos, comme c’est aussi le cas à la Caisse de dépôt et dans la plupart des autres organismes où sont nommés les amis du régime. Hydro Québec peut ainsi régner sans partage. Dénaturer l’équilibre millénaire de rivières en les appauvrissant pour vendre à de nombreuses compagnies, ici, aux Etats-Unis ou en Ontario l’électricité moins cher, pendant qu’elle augmente les tarifs pour les foyers québécois. Effacer ainsi de sa mission l’objectif d’offrir de l’énergie au moindre coût au peuple auquel elle appartient. Décider sans consulter personne d’attribuer de bons contrats à l’étranger plutôt qu’aux entrepreneurs québécois pour de nouveaux compteurs. Ne pas se préoccuper des ondes qu’ils émettent et les installer qu’on le veuille ou non.
Ses dirigeants se payent pourtant des allocations et des primes, qui leur confirment qu’ils ne font pas partie du petit peuple, à qui ils font pourtant la leçon en matière d’économie d’énergie. Cette façon d’ajouter une bonne portion de confiture au beurre du pain quotidien de ses cadres fait écho à la vieille morale que les dirigeants des institutions financières appliquent à leurs clients, à qui ils n’épargnent surtout pas la multiplication des frais de service. Le slogan des indignés, désignés personnalités étasuniennes de l’année, soulignent d‘ailleurs que ces rois, qui forment un pourcent de la population, contrôlent l’avenir des 99 % dont nous faisons partie.
On est ici loin des leçons de partage et de compassion que le récent temps des Fêtes évoquait, et de la belle histoire de ces rois, venus s’agenouiller devant l’enfant pauvre. À défaut de partager la galette des rois, comment croire que dans les tours à bureaux on veuille vraiment notre bonheur ?

Gleason Théberge

Nommer

avril 9th, 2012

Depuis un certain temps, les caricaturistes du Devoir et de La Presse s’amusent à placer fréquemment le portrait de la reine d’Angleterre dans leurs croquis satiriques. Ils ont même anticipé la décision fédérale de nommer « pont Élizabeth II » celui qui remplacera le pont Champlain. Et même si, depuis, est apparue l’hypothèse d’évoquer plutôt Maurice-Richard, ces caricatures royales ne font que dénoncer une tendance déjà très marquée dans la manière de baptiser les routes, les édifices, les événements.
Parallèlement aux rues des Mésanges ou des Érables, nos voies de communication portent aussi le nom de personnages oubliés ou célébrés, au point où quand on demande aux élèves d’aujourd’hui qui est Henri Bourassa, la plupart répondent que c’est une station de métro.
À tout prendre, même s’il n’y a parfois plus aucun chêne sur la rue du même nom, le fait de nommer un lieu d’après une caractéristique physique, même ancienne, a surtout l’avantage de raconter le lieu sans référer à un choix commercial. Or, c’est bel et bien cette dernière tendance que les baptêmes récents accentuent.
Passe encore que les routes majeures portent le nom de personnalités politiques. Jean Lesage, réincarné en autoroute au sud du fleuve, René Lévesque remplaçant (le baron) Dorchester, un colonel de l’armée de Wolfe. Ou plus près de chez nous, le boulevard du Curé-Labelle ou le pont Shaw, rappelant l’arrivée des Irlandais à Shawbridge; à Saint-Jérôme, l’édifice Athanase-David, honorant le sénateur québécois apôtre des arts et des sciences, ou la rue Parent, où se trouvait le restaurant et le salon de quilles du maire qui voulait démolir le vieux palais.
Mais quand il est question de baptiser une nouvelle autoroute, quel est le poids d’un Claude Béchard, qui n’aura été ministre que quelques années, comparé à un Robert Bourassa, que Montréal cherche ce jours-ci à honorer? Pourquoi célébrer, de son vivant, une « Celine » Dion qui renie le français de son nom en enlevant son accent sur ses publicités aux Etats-Unis? Pourquoi faire apparaître un voyant BMO sur un chandail où disparaît presque le sigle de l’équipe de L’Impact? Et qu’est-ce que cette prétention millionnaire des compagnies Bell, Molson, Saputo, qui exigent que le lieu auquel ils contribuent partiellement porte leur nom? Du temps du Forum de Montréal, la famille Molson supportait déjà le club des Canadiens de Montréal, sans avoir à cette époque le mauvais goût d’en faire le Forum Molson.
Les coureurs automobiles nous avaient déjà habitués aux mosaïques de logos commerciaux, et l’habitude est maintenant bien implantés d’arborer fièrement sur soi les Kanuk, Billabong, North Face et autres marques de commerce. Souhaitons que le paysage, déjà tranquillement envahi de Red Bull Crashed Ice et autres Down Hill ne tombe pas dans la crevasse et nous bombarde encore avec d’autres noms anglais !

Texte paru dans L’Écho du Nord en février 2012

Freiner

avril 5th, 2012

De nos jours, la recherche absolue du profit, de l’efficacité technique, accélère sa folie. Les banques haussent continuellement leurs frais de service, malgré le fait qu’elles battent chaque année les records de profit de l’année précédente. Le Mouvement Desjardins, qui fut fondé pour ses usagers, ne fait pas exception et ferme maintenant comptoirs et guichets au nom de l’augmentation des ristournes, mais au mépris des services de proximité. Et la Société des alcools du Québec fait de même avec des succursales de quartier à Rimouski, Shawinigan, Trois-Rivières et Montréal, adoptant la politique de renforcement des centres commerciaux qui dépossèdent les boutiques de centre-ville et des rues Principale. Les Colocs en ont chanté le triste destin, mais c’est aussi du déclin de l’artisanat qu’il est question et du service personnalisé entre gens qui se connaissent de près.
Le gouvernement du Québec, en principe plus soucieux de ses commettants, effectue lui aussi des coupures de services et veut imposer des hausses de frais pour des études universitaires pourtant gratuites dans la plupart des pays d’Europe. Partout ailleurs où on les a imposées, de semblables hausses ont d’ailleurs empêché les étudiants les moins bien nantis d’avoir accès à des études supérieures.
Et pendant ce temps, avec son plan Nord, le Parti libéral s’apprête à gratifier de routes et de tarifs d’électricité préférentiels des industries qui vont faire des milliards pour satisfaire leurs actionnaires, polluer l’environnement et accorder des bonis pharaoniques à leurs dirigeants, sans qu’on leur demande de rembourser les subventions reçues. Quand la matière première sera épuisée, et après avoir dilapidé le fonds de retraite des employés, certaines de ces compagnies feront ensuite faillite pour éviter d’assumer leurs responsabilités civiles. Complice, Hydro Québec et ses gros barrages a jadis augmenté la production au profit des Québécois, mais désormais c’est pour exporter qu’elle veut barrer d’autres rivières, au nom du profit.
Ce processus, que notre époque accélère doit être freiné. Ces temps-ci, ce sont les étudiants qui le font. Avec les grévistes à qui on demande de diminuer leurs salaires ou de renoncer à leurs conditions de travail. Avec les congédiés sans préavis qui voient la production de leur usine transférée aux Etats-Unis, au Mexique ou en Chine.
Un train vient de dérailler en Ontario parce que sa vitesse était trop grande. Nous sommes dans une courbe du temps. Il ne suffit pas d’avoir les mains sur le volant. Il faut aussi savoir freiner. Il faudrait que toute subvention aux industries soit désormais considérée comme un prêt. Que les administrateurs soient personnellement redevables de leurs décisions. Il faut freiner le cynisme de ces dirigeants drogués au profit, qui gagnent en une journée le salaire annuel de leurs employés, les chasser de leur paradis… artificiel.

Gleason Théberge, mars 2012

Le bruit qu’il faut

avril 1st, 2012

Chronique parue en mars 2012

La colère étudiante, celle des travailleurs méprisés et celle des femmes pour la reconnaissance de leurs droits s’expriment parfois dans des manifestations bruyantes, qui sont souvent réprimées avec violence par les services d’ordre,
Il est vrai que le bruit perturbe, il brouille la communication, inquiète s’il est inhabituel ou excessif, mais rend plus intense les sensations ressenties dans les foules. Au théâtre, les spectateurs, autrement muets, applaudissent à la fin du spectacle; en musique populaire, les voix des spectateurs accompagnent celle des artistes; en sport, c’est un tumulte incessant qui coule des gradins. Mais il s’agit là d’événements sociaux régis par des codes connus, comme dans les files d’attente ou sur les routes et les rues.
Dans les manifestations, le refrain des revendications bouleversent toujours. Et souvent, menacée par le rythme des policiers frappant primitivement leurs boucliers de leurs matraques, une foule se réclamant d’un « nous » solennel est bloquée, bombardée, poursuivie par des « eux » en uniformes qui ne distinguent parfois même pas un petit matricule et dont peuvent être complices des provocateurs infiltrés parmi les pacifistes.
Dans nos sociétés d’individualistes, c’est pourtant une sorte de miracle que de nombreuses personnes se rassemblent pour faire valoir un point de vue. Or, tout mouvement de foule entraîne une menace de désordre. L’achalandage aux portes des magasins avant les soldes. Les amateurs trop contents ou déçus des performances d’une équipe. Les spectateurs d’un concert, surtout quand l’ambiance est au défoulement. Toutes ces foules sont animées de tensions qui peuvent se transformer en désordre, en querelles, en bruits sociaux.
Mais si la manifestation, inévitablement bruyante, est organisée dans la paix d’un droit calmement revendiqué, une sensation magnifique naît d’une foule qui marche au nom de la justice. Tous les militants s’y côtoient dans la joie du nombre, heureux de savoir qu’ils ne sont pas isolés. Et si toutes et tous adhèrent vraiment à la cause, aucun service d’ordre n’est nécessaire : chacun sait qu’une manifestation pacifique est moins critiquée et que le bruit décuple la force des arguments.
Il faut en effet du drame pout qu’on s’intéresse aux graffitis des laissés-pour-compte, à l’errance des sans-abris, aux suicides des intimidés, aux psychiatrisés à qui les institutions ne peuvent offrir de soutien, parce que les budgets ont été coupés. Pour tous ces bruits souvent ignorés ou publicisés, le danger réel vient de l’escalade des ripostes : la brutalité qui a fait naître l’indignation des matraqués des manifestations de Toronto contre le G-20, par exemple, tout comme les inutiles bombes sonores et les grenades lacrymogènes lancées récemment contre les étudiants à Québec et à Montréal.
Souhaitons que les protestations étudiantes actuelles soient entendues avant que ne s’accentue la répression violente exercée contre les bruits nécessaires.

L’injuste part

mars 30th, 2012

Jusqu’à il y a peu, j’aimais bien l’attitude de la ministre Line Beauchamp. Elle s’était assez bien sortie de son passage à la Culture et au Développement durable, puis elle a défendu les commissions scolaires et assumé discrètement son rôle de vice-première ministre.
Mais la voilà brisée, bâillonnée par Charest, à faire preuve de l’arrogance majoritaire du gouvernement libéral. Loin de ses libres premières amours à la radio communautaire CIBL, la voilà qui prétend avoir appelé les étudiants au dialogue en décembre dernier, mais c’est en leur annonçant que les hausses étaient là pour rester qu’elle a ouvert ce qui aurait pu être une ouverture au compromis. Elle prétend vouloir aider les plus pauvres, alors que son programme de prêts conduit précisément ceux-là à s’endetter le plus. Elle prétend rester à l’écoute des revendications étudiantes, mais reste inflexible sur l’injuste décision de leur faire porter le fardeau d’une augmentation de 75 % des droits de scolarité en cinq ans. Elle prétend demander des efforts équilibrés à tous, mais tolère la gestion incohérente des universités.
Car pendant que son gouvernement veut augmenter les frais d’accès aux études universitaires, son gouvernement gaspille 200 000 dollars pour une campagne de promotion de son point de vue sur la hausse. Des administrateurs d’institutions se payent des retraites d’un quart de million, et pas que dans le monde scolaire. Des investissements, comme celui de l’Îlot voyageur ont coûté des millions en pure perte. La mise à jour des systèmes informatiques gouvernementaux engouffrent encore des millions sans qu’on en voie les résultats. Son ministère du Revenu lance au coût de 4,5 millions une belle séance de maquillage publicitaire pour inciter la population à combattre le travail au noir. Et c’est sans compter les milliards, cette fois, qui seront donnés en services de toutes sortes et en redevances non perçues aux compagnies minières du clan Nord.
S’il est question de « juste part », il faut constater l’odieux d’une attitude qui enlève aux jeunes et les endette. Et si la ministre Beauchamp préfère mettre en jeu sa carrière et s’entêter, c’est toute la société qui y perdra, avec la jeunesse moins scolarisée, l’indignation générale qui augmentera et le danger d’une montée de violence.
C’est pourtant tout le contraire qu’a récemment démontré plein la rue ce rouge des manifestations récentes, couleur du cœur et de la colère carrée qui a défilé pacifiquement. Ces mains qui offrent des fleurs aux matraques. Cet espoir caché sous les cris de « Plus fort, plus fort, pour que personne ne nous ignore ». Cet appel à la vraie juste part, qui est désormais proféré plus largement que par les seuls étudiants. Ce printemps qui n’a pas l’air de s’essouffler et qui aura des répercussions majeures, quelle que soit l’issue à court terme de cette lutte. Aux prochaines élections, l’injuste partira.

Texte de Gleason Théberge, paru dans L’Écho du Nord, le 29 mars 2012

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mars 30th, 2012

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