Jusqu’à il y a peu, j’aimais bien l’attitude de la ministre Line Beauchamp. Elle s’était assez bien sortie de son passage à la Culture et au Développement durable, puis elle a défendu les commissions scolaires et assumé discrètement son rôle de vice-première ministre.
Mais la voilà brisée, bâillonnée par Charest, à faire preuve de l’arrogance majoritaire du gouvernement libéral. Loin de ses libres premières amours à la radio communautaire CIBL, la voilà qui prétend avoir appelé les étudiants au dialogue en décembre dernier, mais c’est en leur annonçant que les hausses étaient là pour rester qu’elle a ouvert ce qui aurait pu être une ouverture au compromis. Elle prétend vouloir aider les plus pauvres, alors que son programme de prêts conduit précisément ceux-là à s’endetter le plus. Elle prétend rester à l’écoute des revendications étudiantes, mais reste inflexible sur l’injuste décision de leur faire porter le fardeau d’une augmentation de 75 % des droits de scolarité en cinq ans. Elle prétend demander des efforts équilibrés à tous, mais tolère la gestion incohérente des universités.
Car pendant que son gouvernement veut augmenter les frais d’accès aux études universitaires, son gouvernement gaspille 200 000 dollars pour une campagne de promotion de son point de vue sur la hausse. Des administrateurs d’institutions se payent des retraites d’un quart de million, et pas que dans le monde scolaire. Des investissements, comme celui de l’Îlot voyageur ont coûté des millions en pure perte. La mise à jour des systèmes informatiques gouvernementaux engouffrent encore des millions sans qu’on en voie les résultats. Son ministère du Revenu lance au coût de 4,5 millions une belle séance de maquillage publicitaire pour inciter la population à combattre le travail au noir. Et c’est sans compter les milliards, cette fois, qui seront donnés en services de toutes sortes et en redevances non perçues aux compagnies minières du clan Nord.
S’il est question de « juste part », il faut constater l’odieux d’une attitude qui enlève aux jeunes et les endette. Et si la ministre Beauchamp préfère mettre en jeu sa carrière et s’entêter, c’est toute la société qui y perdra, avec la jeunesse moins scolarisée, l’indignation générale qui augmentera et le danger d’une montée de violence.
C’est pourtant tout le contraire qu’a récemment démontré plein la rue ce rouge des manifestations récentes, couleur du cœur et de la colère carrée qui a défilé pacifiquement. Ces mains qui offrent des fleurs aux matraques. Cet espoir caché sous les cris de « Plus fort, plus fort, pour que personne ne nous ignore ». Cet appel à la vraie juste part, qui est désormais proféré plus largement que par les seuls étudiants. Ce printemps qui n’a pas l’air de s’essouffler et qui aura des répercussions majeures, quelle que soit l’issue à court terme de cette lutte. Aux prochaines élections, l’injuste partira.

Texte de Gleason Théberge, paru dans L’Écho du Nord, le 29 mars 2012