De nos jours, la recherche absolue du profit, de l’efficacité technique, accélère sa folie. Les banques haussent continuellement leurs frais de service, malgré le fait qu’elles battent chaque année les records de profit de l’année précédente. Le Mouvement Desjardins, qui fut fondé pour ses usagers, ne fait pas exception et ferme maintenant comptoirs et guichets au nom de l’augmentation des ristournes, mais au mépris des services de proximité. Et la Société des alcools du Québec fait de même avec des succursales de quartier à Rimouski, Shawinigan, Trois-Rivières et Montréal, adoptant la politique de renforcement des centres commerciaux qui dépossèdent les boutiques de centre-ville et des rues Principale. Les Colocs en ont chanté le triste destin, mais c’est aussi du déclin de l’artisanat qu’il est question et du service personnalisé entre gens qui se connaissent de près.
Le gouvernement du Québec, en principe plus soucieux de ses commettants, effectue lui aussi des coupures de services et veut imposer des hausses de frais pour des études universitaires pourtant gratuites dans la plupart des pays d’Europe. Partout ailleurs où on les a imposées, de semblables hausses ont d’ailleurs empêché les étudiants les moins bien nantis d’avoir accès à des études supérieures.
Et pendant ce temps, avec son plan Nord, le Parti libéral s’apprête à gratifier de routes et de tarifs d’électricité préférentiels des industries qui vont faire des milliards pour satisfaire leurs actionnaires, polluer l’environnement et accorder des bonis pharaoniques à leurs dirigeants, sans qu’on leur demande de rembourser les subventions reçues. Quand la matière première sera épuisée, et après avoir dilapidé le fonds de retraite des employés, certaines de ces compagnies feront ensuite faillite pour éviter d’assumer leurs responsabilités civiles. Complice, Hydro Québec et ses gros barrages a jadis augmenté la production au profit des Québécois, mais désormais c’est pour exporter qu’elle veut barrer d’autres rivières, au nom du profit.
Ce processus, que notre époque accélère doit être freiné. Ces temps-ci, ce sont les étudiants qui le font. Avec les grévistes à qui on demande de diminuer leurs salaires ou de renoncer à leurs conditions de travail. Avec les congédiés sans préavis qui voient la production de leur usine transférée aux Etats-Unis, au Mexique ou en Chine.
Un train vient de dérailler en Ontario parce que sa vitesse était trop grande. Nous sommes dans une courbe du temps. Il ne suffit pas d’avoir les mains sur le volant. Il faut aussi savoir freiner. Il faudrait que toute subvention aux industries soit désormais considérée comme un prêt. Que les administrateurs soient personnellement redevables de leurs décisions. Il faut freiner le cynisme de ces dirigeants drogués au profit, qui gagnent en une journée le salaire annuel de leurs employés, les chasser de leur paradis… artificiel.

Gleason Théberge, mars 2012