Sitôt la Saint-Valentin passée, les marchands vont commencer à nous préparer à la fête de Pâques. Mais c’est plutôt à la fête des rois que nous renvoient certaines compagnies qui, loin de l’amour, appliquent plutôt la loi de la survie animale. Chez les êtres humains, cette règle du plus fort, c’est l’argent qui la fait triompher : leur goût du profit possible justifie leurs gestes féroces et le mépris des victimes. Des exploiteurs, étrangers souvent, nourris de subventions généreuses, ferment leurs installations et congédient leurs employés en emportant leurs fonds de retraite. Mais pareille recherche du profit à tout prix n’est pas exclusive aux compagnies qui viendront bientôt se remplir les poches avec le plan Nord.
Chez nous même, chez Hydro Québec, un imbécile s’estimait heureux l’an dernier que de nombreux foyers de familles en difficulté aient été privés d’électricité. C’était une maladresse, a-t-on dit, mais qui a révélé la priorité accordée par l’institution à la performance et son mépris du bien-être des citoyens. Personne n’a d’ailleurs le droit, pas même le Vérificateur général, de jeter un œil sur les affaires qu’elle gère en vase clos, comme c’est aussi le cas à la Caisse de dépôt et dans la plupart des autres organismes où sont nommés les amis du régime. Hydro Québec peut ainsi régner sans partage. Dénaturer l’équilibre millénaire de rivières en les appauvrissant pour vendre à de nombreuses compagnies, ici, aux Etats-Unis ou en Ontario l’électricité moins cher, pendant qu’elle augmente les tarifs pour les foyers québécois. Effacer ainsi de sa mission l’objectif d’offrir de l’énergie au moindre coût au peuple auquel elle appartient. Décider sans consulter personne d’attribuer de bons contrats à l’étranger plutôt qu’aux entrepreneurs québécois pour de nouveaux compteurs. Ne pas se préoccuper des ondes qu’ils émettent et les installer qu’on le veuille ou non.
Ses dirigeants se payent pourtant des allocations et des primes, qui leur confirment qu’ils ne font pas partie du petit peuple, à qui ils font pourtant la leçon en matière d’économie d’énergie. Cette façon d’ajouter une bonne portion de confiture au beurre du pain quotidien de ses cadres fait écho à la vieille morale que les dirigeants des institutions financières appliquent à leurs clients, à qui ils n’épargnent surtout pas la multiplication des frais de service. Le slogan des indignés, désignés personnalités étasuniennes de l’année, soulignent d‘ailleurs que ces rois, qui forment un pourcent de la population, contrôlent l’avenir des 99 % dont nous faisons partie.
On est ici loin des leçons de partage et de compassion que le récent temps des Fêtes évoquait, et de la belle histoire de ces rois, venus s’agenouiller devant l’enfant pauvre. À défaut de partager la galette des rois, comment croire que dans les tours à bureaux on veuille vraiment notre bonheur ?

Gleason Théberge