On ne se surprendra pas de me voir approuver les manifestations des étudiants du cégep contre la hausse des frais de scolarité. Pendant les plus de trente ans où j’ai enseigné dans l’institution jérômienne, j’ai vu le nombre des étudiants passer de quelques centaines à plus de trois mille. J’ai aussi vu leurs frais scolaires augmenter faiblement mais régulièrement à mesure que les gouvernements péquistes ou libéraux diminuaient leurs contributions aux institutions d’enseignement post-secondaire. Mais cette lente progression n’a heureusement pas freiné l’augmentation du nombre des étudiants.
Les commissions scolaires ont déjà subi cette diminution des contributions gouvernementales, et c’est à même le compte de taxes que les écoles ont dû compenser le manque à gagner. Vous connaissez d’ailleurs, comme moi, la fréquence des campagnes de cueillette de fonds pour les aires de jeux, la bibliothèque, l’achat d’équipement…
Cette fois, et pour les cinq prochaines années, les cégépiens vont se charger le sac à dos d’un endettement accru. Le gouvernement souligne que le remboursement sera facilité par les salaires que les diplômés recevront… mais ce ne sera vrai que s’ils réussissent à jumeler étude et travail. Or à vivre toujours un pied dans la pauvreté, il arrive souvent que l’étudiant abandonne ses études pour ne plus que travailler, même à petit salaire.
L’idée n’est évidemment pas d’obliger tout le monde à s’inscrire au cégep, mais pour y obtenir un diplôme général ou professionnel, à raison de 325 $ de plus chaque année pendant cinq années consécutives, l’accès aux études collégiales ne sera désormais possible qu’à celles et ceux qui pourront débourser près de quatre mille dollars par année. Et c’est sans compter le coût des manuels et les autres frais, d’inscription, de modification d’horaire, de laboratoire, de photocopies… Ni compter ce que coûtera un parcours universitaire à qui voudra y continuer un apprentissage plus perfectionné.
Bien sûr, les voix officielles claironnent que le système des (grands) prêts et des (faibles) bourses atténueront l’impact des hausses; et le gouvernement répète que les frais de scolarité, même augmentés, continueront d’être moins élevés au Québec qu’en Ontario. Mais même si c’est moins cher, c’est encore trop cher. Quand il a fait moins quatre un jour et que le lendemain il ne fait que zéro degré dehors, c’est moins froid, mais ce n’est pas parce que c’est moins froid que c’est chaud.
Or il existe des pays, européens surtout, où la gratuité scolaire est la norme. Ce sont aussi les pays, scandinaves entre autres, où l’éducation offerte à tous fait disparaître largement l’ignorance qui appauvrit. Les impôts y sont élevés, peut-être, mais les services sociaux sont efficaces : les garderies abondent, les hôpitaux sont bien nantis et la criminalité y est plus rare que chez nous.
Là-bas, étudier c’est encore s’enrichir. Chez nous, désormais, étudier signifiera plus que jamais s’endetter.
Gleason Théberge